- Après la conquête, les pasteurs réformés de Genève se répandirent dans le Chablais
pour évangéliser. A Veigy, la population mit à se convertir au protestantisme un empressement
extraordinaire. En mai 1536, moins de trois mois après l'invasion, elle avait adopté la Réforme et
cette paroisse fut la première à être pourvue d'un pasteur titulaire. Cet empressement à embrasser
la religion du vainqueur, constituait pour eux le meilleur moyen de se concilier la bienveillance des
nouveaux maîtres. Cette conversion rapide scandalisa le clergé catholique de Chablais et fût jetée
en opprobe aux nouveaux convertis. Le 4 mai 1536, à Thonon, pendant un sermon de Farel, un prêtre
l'interrompit violemment et l'envoya "promener à Veigy" voulant lui dire: allez à Veigy où
vous aurez du succès car ici vous préchez en vain.
- Les très redoutés Seigneurs de Berne, comme se faisaient appeler les conquérants ,
imposèrent une administration sévère, impartiale et méthodique. A l'exception des biens des
bourgeois de Genève exonérés en vertu de privilèges ancien, aucune exemption ne fut accordée. Les
nobles et les seigneurs furent taxés comme les roturiers, les pasteurs eux-mêmes furent imposés. Les
seigneurs de Berne prirent des mesures favorables aux populations. Ils établirent le jury en matière
criminelle, créèrent une chambre de justice dans chaque bailliage et facilitèrent le droit d'appel.
Ils mirent ordre aux abus des notaires, en réduisirent le nombre et prescrivirent dès 1536 l'emploi de
la langue française dans les actes notariés et les documents publics jusqu'alors rédigés en latin.
Ils réduisirent de moitié le droit de mutation, tentèrent de réagir contre la mendicité , plaie de
l'époque, et défendirent d'aller aux devins et sorciers. Ils s'opposèrent avec succès aux
augmentations de péage que les genevois voulaient imposer aux paysans se rendant au marché de la
ville. Ils se préoccupèrent de la conservation des bois et forêts. Leur administration rigoureuse mit
fin à ces graves abus fiscaux, judiciaires ou ecclésiastiques si souvent dénoncés par les Etats de
Savoie, mais auxquels la faiblesse de l'administration du duché et l'omnipotence de la noblesse et du
clergé n'avaient pas permis jusqu'alors de remédier.
- Pendant la période de paix qui suivit l'invasion, les populations purent se livrer sans
inquiétude aux travaux des champs et recueillir entièrement le fruit de leur labeur. Cette occupation
Bernoise est marquée aussi par l'établissement dans nos villages de nombreux Genevois ou Suisses qui
louent ou achètent des biens.
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