Les Allobroges, une exposition à decouvrir
            (Magazine du Conseil Général de la Haute-Savoie N°89- Décembre 2002)
 
Une exposition, actuellement présentée à Grenoble au musée Dauphinois, rend enfin unhommage mérité à ce peuple des Allobroges qui a tant marqué l'historiographie régionale. Réalisée par des archéologues et des conservateurs de musées, elle permet de faire le point sur ce peuple mal connu et d'une manière générale sur l'occupation humaine des Alpes françaises du Nord du Ille s. av. J.-C. à la fin du Ile s. ap. J.-C.
Ces quelques siècles voient deux civilisations se succéder et s'enrichir au contact de leurs ressemblances et de leurs différences, la gauloise et la romaine.
Cette exposition est le fruit d'une collaboration entre les différents acteurs du patrimoine - archéologues, historiens et musées, professionnels et amateurs, français et suisses...
S'y côtoient des objets courants ou plus prestigieux, conservés dans des musées rhônalpins mais également parisiens ou genevois, pour la première fois rassemblés et pour certains exceptionnellement distraits de leurs lieux de conservation.
Calendrier de l'exposition :
A découvrir du 11 octobre 2002 au 15 septembre 2003 au Musée Dauphinois à Grenoble, l'exposition sera ensuite présentée au Musée Savoisien de Chambéry d'octobre 2003 à février 2004, au Musée-Château d'Annecy d'avril à septembre 2004, au Musée d'Art et d'Histoire de Genève d'octobre 2004 à mars 2005 et au Musée de Saint-Romain-en-Gal de mai 2005 à février 2006.
Les Allobroges
A la fin de l'âge du Fer, le territoire occupé par les Allobroges -dont le nom signifierait "ceux qui viennent d'ailleurs"- couvre un vaste espace (13 000 km2) confiné au nord et à l'ouest par le Léman et le Rhône, au sud par l'Isère, et à l'est par la chaîne alpine, où ils sont en contact du nord au sud avec les Nantuates, les Veragres, les Ceutrons, les Graiocèles, les Médulles et les Ucenii.
Premier peuple alpin mentionné dans les textes, les Allobroges se trouvent impliqués dans plusieurs campagnes militaires, signalées par les historiens grecs ou latins : en 218 av. J.-C., ils tentent de s'opposer au passage d'Hannibal dans les Alpes ; près d'un siècle plus tard, en 121 av. J.-C., alliés aux Arvernes ils sont défaits par l'armée romaine et intégrés à la Provincia ou province transalpine qui s'étend des Pyrénées aux Alpes et dont la capitale est Narbonne. Ils se révoltent malgré tout encore contre Rome en 62-61 av, J.-C. mais en 58 av. J.-C., ils sollicitent l'intervention de César pour les protéger d'une invasion des Helvètes.
 
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L'exposition nous livre divers aspects de leur civilisation avant la conquête romaine. Le monde des morts est représenté par le riche mobilier funéraire de quelques rares sépultures composé d'armes, d'objets de parure, voire d'un char de parade (tombe de la Verna, Isère).... le monde des vivants par des céramiques et de nombreux outils en fer, destinés à des artisanats de toutes sortes mais également et surtout à l'agriculture. Le monde des dieux est représenté par des statues et l'une des pièces maîtresses de l'exposition est le moulage de la statue monumentale en chêne (3,07 ni de haut) de guerrier ou de héros divinisé (?), découverte en 1898 à Genève et datée par la dendrochronologie du début du 1 Il s. av. J. - C. Les Allobroges nous sont connus également par leur monnayage, bien représenté dans le trésor de Poliénas (Isère), récemment acquis par le musée Dauphinois. Ce trésor, sans doute enfoui lors des troubles de 121 av. J.-C., comporte un lot de monnaies en argent au buste de cheval associé à l'inscription "IALIKOVESI", considéré aujourd'hui comme le plus ancien type monétaire allobroge.
La période Romaine

A partir de 121 av. J.-C., les Allobroges passent donc progressivement sous domination romaine et, hormis des révoltes entre 69 et 61 av. J.-C., semblent désormais lui demeurer fidèles. En conséquence, sur décision de César' ou d'Auguste', le peuple allôbroge est élevé au rang de colonie de droit latin et sa capitale, Vienne, passe en quelques décennies de la taille d'une petite bourgade à celle d'une des plus grandes villes de l'Empire (300 ha), cernée d'un rempart s'étirant sur 6,5 km et dotée des édifices les plus prestigieux : des fora' monumentaux ' de nombreux temples, un amphithéâtre, un théâtre et un odéon, des entrepôts parmi les plus grands du monde romain... Cette illustre promotion, qui flattait les élites locales et facilitait l'intégration des indigènes, accordait la citoyenneté romaine à tous les hommes libres de l'ancien territoire allobroge, lequel devint la "cité de \/ienne" dès 27 av. J.-C.
La période romaine est évidemment la mieux connue du fait des abondants vestiges conservés dans notre sol. Outre le chef-lieu de cité, Vienne, nous sont connues les agglomérations ou vici' de Tain (Tegna), Bourgoin (Bergusium), Tourdan (Turedunum), Aoste (Augustum), Moirans (Morginum), Grenoble (Cularo), Yenne (Etanna), Chambéry (Lemincum), Aix-les-Bains (Aquac), Annecy (Boutae), Seyssel (Condate) et Genève (Genava).
En Haute-Savoie, nous pourrions encore citer d'autres agglomérations qui n'ont toutefois pas le statut de vicus comme Annemasse, Faverges, Passy, Thonon et Thyez.

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Des maquettes de Vienne et de Boutae illustrent leur disparité spatiale et monumentale. Pour celle de Boutae-Annecy, réalisée à l'échelle du 1/6000ème, le choix s'est porté sur le site et la campagne environnante de manière à présenter l'état de nos connaissances, issues des fouilles menées depuis près de 150 ans, dans un espace s'étendant des contreforts de la Mandallaz aux rives du lac et des pentes du MontVeyrier à celles du Seriniez. D'autres maquettes permettent une approche beaucoup plus concrète d'une grande villa suburbaine genevoise, la villa du Parc de La Grange, ou d'une ferme indigène en Isère, celle de Creys-Mépieu, ou encore des thermes d'Annecy.
 Un autre aspect de cette période est celui de l'intensité des pratiques religieuses attestée par la multitude des découvertes - temples et sanctuaires, statues, dédicaces, offrandes- retrouvées sur le territoire de la cité de Vienne. La conquête romaine n'a pas éliminé les divinités locales mais s'est plutôt enrichie au contact des cultes traditionnels, donnant ainsi naissance à un véritable panthéon gallo-romain. Mercure en est incontestablement le représentant le plus vénéré, précédant de peu Mars, Jupiter et Apollon. Au rang des dieux typiquement indigènes se trouvent Borvo ou Bormo', les déesses-mères', Athubodua (Mieussy), Sucellus (Viuz-la-Chiésaz) et Vintius (Hauteville-sur-Fier et Seyssel)... De nombreuses inscriptions provenant de l'ancien territoire de la cité de \-ieniie rappellent les donations des évergètes" et nous permettent de mieux connaître cette aristocratie locale que les textes épigraphiques" nous disent graviter jusque dans les plus hautes sphères de l'Empire. Lexposition présente quelques remarquables statues de grands personnages de la cité de Vienne dont celle, en bronze et grandeur nature, de Caius lulius Pacatianus, que l'on sait avoir occupé des charges importantes aux quatre coins de l'Empire entre la fin du 11, et le début du 111, siècle après J.-C.

Nombreux autels, statues et inscriptions lapidaires honorent les empereurs qui ont également dispensé leurs bienfaits dans la cité de Vienne : en témoignent l'ornementation prestigieuse du chef-lieu de cité mais aussi la construction et l'entretien des voies et des cols alpins, indispensables au maintien des relations économiques et politiques entre Rome et ses provinces de Gaule...
Ce dense réseau de communication favorise l'exportation de produits locaux, tels les vins. Des auteurs antiques comme Celse, Pline l'Ancien, Columelle ou Plutarque louent les vins des Allobroges dont l'allobrogique au goût naturellement poissé, auxquels ils attribuent des qualités aussi bien gustatives que médicinales.
L'héritage Allobroge
Plus de quatorze siècles après la désagrégation de l'Empire romain, la "celtomanie" devient à la mode à la fin du XVIIIème siècle, et les Allobroges acquièrent une place de choix dans l'imaginaire collectif régional. A partir de la Révolution, ils sont intimement liés à un idéal patriote de courage voire de résistance à l'envahisseur. Dans les faits, les invoquer sert surtout à légitimer les discours et les revendications politiques. En 1873, le journal républicain L:Allobroge voit le jour à Bonneville, avant d'être renommé Le Faucigny en 1944, alors qu'à Grenoble, durant la Seconde Guerre Mondiale, un organe de la presse résistante prend le nom de ce peuple gaulois.
La force de cette exposition est aussi de présenter l'évolution des discours historiques et politiques et le décalage entre l'histoire rêvée, souvent inventée pour satisfaire les besoins identitaires, et ce que tend à nous montrer la recherche historique et archéologique.
Enfin, aujourd'hui, les mythiques Allobroges sont moins politisés, bien que toujours présents puisque leur souvenir se trouve perpétué par des noms donnés à des rues; des bars, des salles de spectacle mais également des événements sportifs ...
 
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