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- L'établi du sabotier
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Matinées et après-midi se passaient aux champs. Les
hommes allaient au bois tout l'hiver. On a peine a imaginer
aujourd'hui ce que pouvait être la consommation d 'un foyer en
bois de chauffage. Le feu ne s'arrêtait pratiquement jamais. Les
vieilles femmes, vestales de la misère, ne quittaient jamais l'âtre
ou les abords du fourneau. Chez Edmond Burgnard, à Lully,
qui faisait le maquignon, on pouvait se restaurer à toutes heures
du jour ou de la nuit. « Vous mangerez bien quelque chose ? ».
Alors, on vous mettait une assiette sous le nez sans même
attendre votre réponse.
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Quand le temps était mauvais, on se rendait visite, on «
faisait connaissance». C'était un devoir que de faire la tournée
du village pour prendre (les nouvelles de Pierre ou de Paul. On
était reçu partout avec empressement. Je tiens, quant à moi, ma
passion pour
lu
café de ces moments là. La grosse cafetière,
trônait sur le feu. On rajoutait sans arrêt de l'eau au fur et à
mesure des
visites, la première tasse de la journée ne nous empêchait
pas de
dormir. La Mémé Matringe qui ne voyait plus bienclair,
mettait
toutes les louches d'eau bouillante à côte
du la
cafetière, Pierre
à Pinon se cachait la figure avec son chapeau
en
disant
" La locomotive va démarrer ! "
- En été, les paysans se couchaient de
bonne
heure. En hiver, par contre, on allait taper la belote tantôt
chez
l'un, tantôt chez l'autre, on veillait jusqu'à
des heures tardives
On chantait en cassant les noix, en broyant le chanvre,
en écossant les haricots... Chacun y allait de sa
chanson. On l'écoutait en silence pour reprendre le refrain à
plusieurs voix. C'est des rires, des applaudissements, des verres qu'on
levait à la
santé des chanteurs et des chanteuses. Quand
quelqu'un
manquait c'est que c'était grave : « Tiens, Marcel (i1 n'est pas
venu ? Il est bien mal ». « Qu'est-ce qu'il a attrapé? , « Oh, c'est
à l'intérieur ! faisait t-on gravement remarquer en se tapotant la
poitrine.
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La Foi était intimement mêlée à la vie quotidienne. Les
femmes se signaient chaque fois qu'elles passaient devant une
croix ou devant l'église. Aux champs, les hommes se
découvraient quand sonnait l'Angelus. On trouvait partout les
brins de buis des Rameaux, on clouait des croix de bois sur les
portes, la médaille de ce Saint Guérin brillait dans un coin de
l'écurie. Je possède une ancienne médaille de ce Saint protecteur
qui porte cette mention pour le moins équivoque : Saint Guérin,
patron des animaux, priez pour-nous.
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Je vois encore ma tante Emelie fermer les volets à demi et
s'agenouiller sur une chaise, pendant la passage d'un
enterrement. La mort faisait partie intégrante de la vie
communautaire : on veillait les morts, on rendait visite
à
la
famille, on l'aidait à accomplir les travaux journaliers. Dans des
temps plus lointains, dans certains villages, une coutume
voulait qu'on offrit du sel aux parents
et amis venus de loin. Inutile de préciser que le sel était cher et
rare. Une autre coutume voulait que l'on fasse porter le deuil du
maître de maison aux abeilles, en nouant un crêpe au sommet
des ruches. On enlevait également les sonnettes aux vaches et
on les faisait jeûner d'un morceau le jour de la sépulture. Le
deuil durait deux ans pour les parents proches.
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Comme les familles étaient nombreuses et les maladies
souvent mortelles, les femmes portaient le noir pratiquement
toute leur vie. Certaines en souffraient beaucoup. Il semble que
la mode du noir soit venue de France.. Quand mon arrière
Grand Mère Mouchet croisait une femme ainsi vêtue, elle
faisait remarquer sentencieusement ! « C'est une Française, ».
J'ai d'ailleurs souvent remarqué que les vieilles dames de chez nous gardent un goût pour les effets de couleur. Les
responsables du vestiaire du Secours Catholique qui leur
proposent des vêtements pourtant à l'état de neuf, s'entendent
souvent répondre : « Na, y'est tot nê ! »
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Autrefois, en Savoie, les Couleurs du deuil étaient le blanc,
le bleu, le violet et parfois le rouge, qui sont d'ailleurs les
couleurs du deuil liturgique.
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Les enfànts faisaient souvent plus de dix kilomètres à pied
pour se rendre à l'école. En hiver, ils mettaient leur dîner a
réchauffer sur le grand poêle de la salle de classe. Ils portaient
fièrement leur « boîte » sur le dos en faisant exprès d'en faire
claquer le couvercle. Avant de rentrer en classe, l'instituteur en
faisait l'inventaire, car les plus dissipés d'entre eux y cachaient
pour les ressortir au bon moment les merveilles trouvées en
chemin : hannetons, sauterelles, souris grenouilles et bien sûr
les petits bouts de « ouable » (clématite sauvage) que l'on
fumait en cachette avec délectation. Jules à Coland qui
fabriquait
à
ces moments perdus des paniers grossiers avec
cette fameuse liane, disait malicieusement par dessus ses
lunettes : " Au moins, avec mes paniers, on peut toujours en
casser un bout quand on n'a plus rien à fumer».
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Gens d'autrefois, étiez vous heureux, malheureux ? Je ne
saurai vraiment le dire. Par contre, la moindre chose vous
faisait plaisir,
vos
sourires peuplent ma mémoire. Et puis,
vous
etiez pauvres avec dignité. Quand ma grand mère Jeanne devint
veuve de
guerre de 14-18, elle acheta
un
boeuf et fit des journées de labour. Elle se levait à trois heures
du matin, en automne pour se dépêcher de faire son travail
avant d'aller faire celui des autres. Je ne l'ai jamais entendu se
plaindre
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J'aime à me souvenir des vieux originaux dont les façons
curieuses et les bons mots enchantèrent mon enfance. Gène à
Oui et son cidre qui sentait la guèpe ; mon oncle Auguste qui
labourait tout l'automne pour les voisins à en oublier son propre
travail ; Piqual qui partait vendre son foin à Genève et qui ne
retrouvait plus son cheval à l'heure du retour ; la Louisa, en
pélerinage à Lourdes, qui, n'ayant pas d'autre récipient sous la
main pour emporter de l'eau de la grotte, fit toute la procession
du Saint Sacrement tenant à la main le pot à toilette de son hôtel
;...
Histoires de gens, histoires de bêtes ; le boeuf de Mile à
Guiton qui eut l' idée saugrenue (peut-être pas tout seul) de
s'enfiler derrière le comptoir de l'hôtel de la Gare à Brecorens et
si bien, qu'il fallut démolir le, dit comptoir pour le sortir de là ;
la génisse qui emprunta jusqu'au sommet l'escalier à vis du
donjon d'Avully, ce qui mobilisa plusieurs hommes toute la
journée pour lui faire prendre le chemin inverse ; le mulet à
Gêne au Bré qui ingurgita cinquante litres de cidre doux au
pressoir, ce dont il se remit fort bien et un peu plus tard la
moitié d'un sac d'engrais, ce dont il ne se remit jamais ; le mulet
de Marcel Rivollet qui avait pris l'habitude de méditer, la nuit
sur le débarcadère de la C.G.N. à Nernier... Et tant, tant d'autres
histoires que je vous raconterai peut-être un jour .
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- ( La
Plaine du Chablais ,Entre lac et montagne - 1983 - Syndicat d'Initiative
de Douvaine)
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