Veigy-Foncenex
Chablais
Haute-Savoie
Suisse
Lac Léman
FORÊTS ET SOUS-BOIS
Les champignons

La plaine du Chablais, dont Douvaine, Sciez et Bons sont les bourgades principales, est une région exceptionnellement riche en forêts de feuillus. Pour en mesurer l'étendue et la diversité, il est bon de la parcourir des yeux depuis les hauteurs du Mont-Boisy.
Le chêne et le charme y dominent, mais le tremble, le bouleau, le châtaignier, le pin sylvestre, voire l'épicéa n'en sont pas absents.
Bien tempérée par le Léman, assez chaude et sèche en été, malgré la présence de zones marécageuses, la plaine forestière du Chablais révèle une flore botanique et fongique relativement méridionale, par rapport à d'autres régions de Haute-Savoie ou de même latitude en Eùrope.
Les champignons que l'on y rencontre en effet certaines années, surtout après des étés torrides, notamment l'Oronge des Césars et le véritable «Tête de nègre (en général confondu) appartiennent aux espèces dites «thermophiles, celles qui refusent à la fois l'altitude et l'humidité fraiche. Mais ses alluvions quaternaires, faites de sables et d'argiles, donc ses limons plutôt acides, permettent la venue de bien d'autres espèces, comestibles ou non, communes ou rarissimes dont le profane ne peut soupçonner le nombre et l'interêt. .
Toutes ces espèces sollicitent de notre part un regard avisé, un esprit bienveillant et toujours aux aguets, une étude approfondie qui n'en est encore qu'à ses débuts. Un grand Douvainois disparu, excellent gastronome et mycologue averti, en savait quelque chose, lorsqu'il détermina entre autres, l'oeil toujours en éveil, son Bolet «xanthocyaneus» (dans le groupe des «purpurei») et son Cortinarius sericatus.
D'un accès relativement facile, trop peut-être au gré des amateurs de la seule cueillette, les forêts proches de Douvaine offrent d'agréables promenades sur un relief peu accidenté. Leur superficie est suffisamment vaste pour que, l'entrelacement des layons et les similitudes d'aspect et d'essences aidant, certains aient pu s'y égarer. Sujettes par là-même à une exploration parfois irrespectueuse, elles requièrent plus que d'autres une projection intelligente qui ne peut résulter que d'une information méthodique d'une prise de conscience, tant individuelle que collective,
Le champignon, sujet capricieux, fragile et fugace objet d'observations sans cesse renouvelées, dépositaire sans doute de secrets à découvrir, au même titre que la fleur, et plus que l'arbre et l'arbuste, mérite en effet beau coup mieux que le coup de pied de l'ignorance ou le pillage exterminateur.
La vaste forêt de la plaine du Chablais, menacée ça et là par le piétinement abusif aussi bien de ses habitants savoyards que des citadins évadés, français ou étrangers, invite donc le promeneur en vacances, autant que l'autochtone, non seulement à la randonnée ou au prélassement nécessaires, mais à la contemplation sereine à l'esprit vigilant de sauvegarde, à la démarche éducative émerveillée de chacun de nous, petits et grands, propriétaires que nous sommes d'un patrimoine forestier remarquable à léguer sans failles à nos héritiers.
 
( La Plaine du Chablais ,Entre lac et montagne - 1983 - Syndicat d'Initiative de Douvaine)