Un vieux métier: pêcheur sur le lac
 
Veigy-Foncenex
Chablais
Haute-Savoie
Suisse
Lac Léman
De vieilles lithographies montrent des pêcheurs amenant la « monte » (chalut) dans leur bateau.. Depuis longtemps, des dizaines defamiIIes de pêcheurs (autrefois souvent pêcheurs et agriculteurs) ont vécu des produits du lac. Mais avec la pêche, d'autres professions liées de prèsau lac se sont développées : les ouvriers des carrières de pierre de Meillerie (les premiers en Haute-Savoie à créer un syndicat). Pierres qui servaient à la construction en Suisse et à Genève en particulier. Ces barques à voile dites barques de Meillerie présentes dans le souvenir de beaucoup sont l'image symbolique d'une période passée où le lac a permis une activité économique importante
En 1930, il y avait, en Chablais, 300 pêcheurs dont 200 professionnels.
En 1945, il restait encore à Thonon une quarantaine de pêcheurs contre 5 aujourd'hui.

 

La pêche est la profession la plus « dépendante » du lac, pendant « la saison » (été - automne) les seuls arrêts ne sont pas les samedis et dimanches mais les jours de forte bise et de violents orage. Les heures de pose et de relève des filets sont conditionnées par l'heure de prise du poisson. L'apport technologique de ces dernières décennies n'a eu que peu d'impact sur la pratique du métier. Pour l'anecdote, j'ai entendu une fois un vieux pêcheur de St Gingolph affirmer que la principale innovation qui ait notablement « changé sa vie » a été l'apport du ciré (remplaçant les vestes de feutre). Toutefois, le moteur introduit dans les années 25/30 a permis aux pêcheurs de faire une grande économie de temps et de fatigue. Plus tard, le congélateur installé dans la guérite leur a permis une souplesse plus grande dans la vente du poisson et une dépendance moins forte des marchands.
Mais les techniques de pêche, sont restées pratiquement les mêmes :
- pêche à la monte pour les perches, (sorte de chalutage au bord du lac, le bateau étant ancré)
- pêche « aux pics » pour les féras et les truites (filets dormants et dérivants posés au large et repérés à leurs bouts par une lampe à pétrole)
- pêche aux ménières pour les perches (filets formants non dérivants posés près du bord).
- pêche aux tramails pour les lottes l'hiver selon une technique analogue à celles des ménières
- les nasses.

 

Partant généralement de bonne heure le matin pour relever ses filets, le pêcheur doit ensuite nettoyer son poisson, remettre ses filets en ordre et préparer la tendue de l'après-midi. La plupart disposent d'une petite guérite au bord du lac leur permettant de ranger leur matériel et de travailler par le froid.
Les barques de pêcheurs connues pour leur qualité de bonne tenue aux vagues sont un exemple où fonctionnalité et esthétique ne font souvent qu'un.
Mais si la pêche a pu résister jusqu'à présent et se maintenir, elle se trouve aujourd'hui menacée pour plusieurs raisons :
Tout d'abord la pollution, peu perceptible il y a 15 - 20 ans, a provoqué un profond déséquilibre : le lac est surnourri et n'arrive pas à digérer toutes les matières organiques d'où un excès d'algues.
Les poissons grandissent plus vite. Certaines espèces, les gardons, se développent au détriment d'autres (les féras).
Et si le public prend petit à petit conscience de cette pollution les décisions prises pour y remédier ne sont malheureusement pas à la mesure du problème.
D'autre part, l'attitude de l'administration a été depuis une quinzaine d'années des plus sévères et des plus restrictives (limitation des périodes de pêche, du nombre de filets autorisés) et semble finalement cacher une volonté de voir la pêche s'eteindre comme activité professionnelle .
Or, c'est une profession - souvent transmise de père en fils -, qui porte en elle la connaissancedu lac et qui véhicule une part de notre culture régionale. Il serait plus que dommage de la voir disparaître
 
( La Plaine du Chablais ,Entre lac et montagne - 1983 - Syndicat d'Initiative de Douvaine)